vendredi 17 janvier 2014

1931 : Le Tour du coeur en 80 battements, essai de stratégie amoureuse



Publié en 1931 à la Librairie Bernardin-Béchet.
254 pages.

« DÉDICACE / A la Chirurgie esthétique, / Aux grands Parfumeurs, / Aux grands Couturiers, / A ma modiste et à mon bottier, / A toutes ces industries de luxe, / qui ont fait de la Parisienne l'idole du monde / et qui portent plus loin les renommées de la France / que tous les beaux discours, / JE DÉDIE CE LIVRE / qui espère être, au moral, ce que sont ces créateurs / de la séduction féminine au physique. / M. C. »


Table des matières :

PRÉFACE : Deux battements pour rien
1. La sensibilité moderne
2. La passion

PREMIÈRE PARTIE : Le choix
3. L'imitation de sentiments
4. L'amour libre
5. L'amour-snobisme
6. L'amour vénal
7. Vénalité supérieure
8. Quelques morales au choix

DEUXIÈME PARTIE : La conquête
9. La beauté
10. L'intelligence
11. L'homme
12. Le malentendu initial de l'amour
13. La marque de fabrique
14. Le type
15. Comment trouver son type
16. L'homme marié
17. Lui
18. Le Sex-appeal
19. Hasard et fatalité
20. La question de confiance
21. L'orgueil
22. La barrière et le sentiment
23. La mauvaise influence
24. Le temps
25. Venir à temps
26. L'espace
27. Peut-on se déclarer la première ?
28. La suggestion
29. L'entourage
30. Le jeu et le Self-Control
31. La dragée haute
32. L'heure physiologique
33. Les caresses
34. Le mépris après
35. Le cynisme
36. La politique du statu quo
37. L'amour sans amour

TROISIÈME PARTIE : La stratégie du retenir
38. Le miracle après
39. Considération sur le miracle
40. L'habitude
41. Conquérir et retenir
42. Le sub-conscient
43. Un peu de philosophie
44. Sois bonne pour lui
45. Sois bonne pour toi
46. Le mensonge
47. L'hypocrisie
48. Les accalmies
49. Les moyens extra-amoureux
50. L'amour-association
51. Le foyer
52. La sensualité
53. La gourmandise
54. Le confort
55. Le chantage sentimental
56. L'enfant
57. Le courage
58. La tenue
59. Le mystère
60. La fidélité réelle
61. La fidélité officielle
62. La fidélité physiologique
63. Les lois du caprise
64. La jalousie officielle
65. La jalousie réelle
66. La garde
67. Les rivales
68. La scène à ne pas faire
69. La courtoisie et la familiarité
70. Les absences
71. La débauche à deux
72. Les parties fines
73. Conseils aux vierges
74. L'application de la stratégie

QUATRIÈME PARTIE : La stratégie des Courtisanes
75. Pour les courtisanes
76. L'art de recevoir beaucoup d'argent
77. Les dix commandements de la parfaite courtisane
78. Dilemme de la femme moderne

CINQUIÈME PARTIE : Stratégie supérieure
78. Au delà de la stratégie
79. Stratégie pratique
80. Avenir d'une idylle



Le livre et la critique :


Yves Gandon, in La Quinzaine littéraire des livres et des revues, 10 février 1932, p. 91 :

« Essai de stratégie amoureuse », nous prévient sans ambages le sous-titre. Mais dans un prologue consacré à « la sensibilité moderne » je trouve ceci : « C'est quand on ne sait rien qu'on gagne à tous les coups. En amour, en guerre, en sport, en religion, l'erreur a toujours vaincu la science. » A quoi bon, dans ce cas, persévérer dans une lecture qui pourrait nous apprendre quelque chose ? Pour les lecteurs curieux, j'ajouterai cependant que la « stratégie amoureuse » de Mme Maryse Choisy s'adresse exclusivement aux femmes, et que d'ailleurs elle ne présente aucun point commun avec de l'Amour de Stendhal.

jeudi 16 janvier 2014

1931 : Quand les bêtes sont amoureuses



Publié en 1931 aux Éditions des Portiques.
254 pages.

Ouvrage dédié « AU DOCTEUR MERY / le philosophe des bêtes qui rêve d'une humanité animale édénique. / Amicalement. / M. C. » et « A HENRY THETARD / doublement confrère et qui m'initia aux joies du domptage. / Amicalement. / M. C. »

Lettre-préface de Maître Théodore Valensi.


Table des matières :

PREMIÈRE PARTIE : L'INSTINCT SEXUEL
CHAPITRE PREMIER : La Morale sexuelle
CHAPITRE II : La Célimène éternelle
CHAPITRE III : De la danse des libellules à l'amour intégral des mantes sadiques et des araignées féministes
DEUXIÈME PARTIE : UN MOIS DANS UNE MÉNAGERIE FORAINE
CHAPITRE IV : La route est belle
CHAPITRE V : Ma première entrée de cage
CHAPITRE VI : Les bêtes et leur dressage
CHAPITRE VII : Le beau dompteur et sa femme
CHAPITRE VIII : Le syndicat des forains
CHAPITRE IX : Ma première blessure
CHAPITRE X : Le jardin zoologique de l'Exposition coloniale
TROISIÈME PARTIE : FAUVES EN LIBERTÉ
CHAPITRE XI : L'heure d'amour chez les fauves
CHAPITRE XII : Histoires de tigres
CHAPITRE XIII : Le social dans l'amour animal
CHAPITRE XIV : Un mois à la clinique du docteur Méry
CHAPITRE XV : Vices et déformations des bêtes dites civilisées... et des autres
CHAPITRE XVI : La bête que nous poursuivons tous

Le livre et la critique :


? in L'Oeil de Paris n°154 du 17 octobre 1931, p. 14 :

De plus en plus fort
Après avoir successivement vécu dans l'intimité des moines du mont Athos, des chirologues et cartomanciens, des filles dites de joie, Maryse Choisy vient de connaître la compagnie des forains, dans une ménagerie.
— Elle n'a peur de rien ! s'écriait Rachilde, en lisant ce nouveau reportage et en éclatant d'un de ces rires aigus qui lui sont propres. Vous parlez d'un type ! Vous verrez qu'elle ira jusqu'à passer un mois faubourg Saint-Germain !...

Françoise Verdier in L'Africain n°93, 25 décembre 1931, p.5. :

Maryse Choisy  n'a jamais fini de nous étonner... Elle est, il faut l'avouer, la plus sérieuse et la plus curieuse des femmes journalistes de notre temps. C'est elle qui la première osa, en vue d'un reportage, s'engager dans une de ces maisons que la morale réprouve, mais que la police tolère. C'est elle qui un beau matin décida d'aller vivre dans ce couvent lointain où pas une femme depuis cinq cents ans n'avait jamais pénétré... Après elle s'en alla en prison ou pour un nouveau monologue devant ses attentifs lecteurs. Cette fois, Maryse est partie sur les routes de France, embauchée dans un cirque où l'on devait l'utiliser pour dompter les bêtes sauvages, tantôt pour tenir la caisse... De plus la dompteuse-caissière enregistrait les observations nombreuses qu'elle était à même de faire. Et Dieu sait si elles furent nombreuses, éloquentes, savoureuses... Pas à vous mettre l'eau des regrets à la bouche (je n'ai pas de courage pour deux sous) mais à vous faire dresser les cheveux sur la tête.
La première et la dernière partie du livre de Maryse Choisy sont aussi tout à fait hors des modèles courants. Mais à quoi bon raconter d'une plume banale ce qu'elle retrace avec du sang et du vitriol. Il faut lire Quand les bêtes sont amoureuses. Ce livre ne ressemble à aucun autre.

Paul Martignon in L'Archer n°1, janvier 1932, p.109 :

Mme Maryse Choisy qui a promené son esprit curieux chez les filles, chez les moines, dans les prisons, nous donne aujourd'hui un livre de nature — rien d'ailleurs de semblable à ce qui se fait chez Stock. Plutôt un livre naturiste, en ce sens qu'elle nous parle des bêtes, des lions et des tigres, des puces et des mantes religieuses, surtout lorsqu'elles sont amoureuses.
Il y a dans ce livre trop court à mon gré — la première partie aurait pu être plus développée — beaucoup d'observations personnelles, de sensibilité, d'esprit bien entendu, car il se devait que Mme Maryse Choisy après nous avoir conté les amours des courtisanes, allât voir ce qui se passait dans les ménageries foraines.

Eugène Marsan, in Le Figaro n° 167, 15 juin 1932, p. 5. :

LE JUSTE POINT
Le livre qui sera commenté dans la suite de cette petite note n'est pas précisément fait pour les garçonnets et les fillettes. Il n'a pas du tout recours au latin pour braver l'honnêteté. Nous en parlerons néanmoins, après cet avis de sagesse, en premier lieu parce qu'il est intéressant, pour le plaisir de reconnaître son mérite, ensuite parce qu'il est possible d'en tirer une leçon, et même assez grande et utile.
En vue d'écrire cet ouvrage à sa manière habituelle, c'est-à-dire la main courant sur le papier (ce n'est pas un reproche), Mme Maryse Choisy s'est pliée à certaines disciplines peu banales. Elle a fini par suivre des chasses au tigre dans les Indes. Elle avait commencé en France par entrer dans les cages des ménageries, sous les yeux de toute la littérature, en qualité de dompteuse volontaire. Entre tant, elle n'avait pas négligé d'observer les us et coutumes de toutes les bêtes qui passaient à portée de ses regards, que ce fût une libellule ou un petit chien.
Une foule de portraits d'animaux, jetés et presque chantés dans un parler vivace, attestent ainsi la loyauté de ses expériences, comme la minutie de ses observations et l'abondance de ses lectures. L'étude directe du cœur animal lui a permis, en outre, quantité de comparaisons, les plus drôles du monde, avec l'espèce humaine. Pour donner libre cours à son allègre misanthropie. Et enfin, elle en était, quand elle a pris la plume, à l'épanouissement de tous ses dons. De telle sorte que ce livre est décidément le meilleur que nous ayons d'elle à cette date. Il est divers et curieux, pittoresque et hardi, et plein de verve, avec des trouvailles à pleines mains.
Par malheur, entre toutes les fées qui ont présidé à la naissance de Mme Choisy, il y en a une que l'on avait dû fâcher, qui n'était pourtant pas trop mauvaise et qui s'est bornée à dire à l'enfant dans ses langes : ? Quand tu seras grande, tu aimeras en tout l'outrance. ?
De telle sorte qu'une fois de plus l'auteur de ce livre, après avoir préféré, une fois de plus, un titre plus que désinvolte, aura vu dans la démesure des pensées et des mots le summum de l'art. Lorsque sa prose cède à l'impulsion, pour se changer peu à peu en poésie, comme il est légitime, elle n'a de cesse qu'elle n'ait été outrepassé. A nous les allitérations, les consonances folles : vivent les tambours et les coups de feu !... Saura-t-elle jamais tout ce que l'économie des forces ajoute à la force ?

Legrand-Chabrier in La Rampe n°563, 15 juin 1932, p.28 :

Le livre de Maryse Choisy, Quand les bêtes sont amoureuses, que les Éditions des Portiques ont édité, est de l'école de Rémy de Gourmont. Quelques citations pieuses de cet auteur sont loyalement tissées dans le texte, lequel est d'ailleurs bien plus aventureux. Tout y est intéressant, certes, mais la suite des chapitres qui retient le plus notre attention spécialiste s'intitule : Un mois dans une ménagerie foraine, fourmillant d'observation quotidienne, parfois brutale et romancée, mais hurlant à la vérité des fauves et de leurs dompteurs, et donnant quelques esquisses foraines assez véridiques. Sans doute, j'émets quelque doute sur la véracité de telle ou telle historiette, notamment sur celle qui tendrait a creuser le fossé entre l'artiste de cirque et l'artiste forain. Mais le livre est séducteur, indéniablement. Et nous ne saurions, en bonne conscience, y résister. Et le style y contribue certes. Et puis, Maryse Choisy n'est pas ingrate envers celui dont nous sommes tous tributaires dès que nous parlons fauves de ménagerie, notre ami confrère Henry Thélard, « auteur du meilleur livre sur les dompteurs, qui tutoie tous les lions en cage et tous les belluaires hors de la cage », ce qui est un bien joli portrait de lui en deux coups de stylo.

1930 : L'Amour dans les prisons, reportage



Publié en 1930 aux Éditions Montaigne.
228 pages.

En exergue, sur la première de couverture, une citation de H. Donnedieu de Fabre, Professeur à la Faculté de Droit de Paris (La Justice Pénale d'aujourd'hui) : « Il est notoire que cette promiscuité n'a pas seulement permis, mais imposé des mœurs infâmes à ceux-là même qui ne les ont subies, d'abord, qu'avec dégoût. Il est notoire que, dans les cages, d'étranges scènes de jalousie suivies de meurtre ont eu lieu. »

Lettre-préface de Maître Théodore Valensi.


Table des matières :

Lettre-préface de Maître Théodore Valensi
En guise de présentation
CHAPITRE PREMIER : L'heure de la visite
CHAPITRE II : La filière dans les prisons d'hommes
         Fresnes
         La Santé
         Quelques prisons de province
         Types : le père de famille, les jeunes, l'homme du milieu, le Mouton
         La cigarette
         La progression sexuelle. Premier stage : imagination, les peintres, les graffitti, l'argot, les poètes, les actifs
         Deuxième stage : Tristesse
         Troisième stage : Homosexualité
         Lettres d'amour
         Histoires d'amour ou un drôle d'Abélard
CHAPITRE III : Dans les prisons de femmes
CHAPITRE IV : Prisons d'enfants
CHAPITRE V : Au bagne
CHAPITRE VI : Conclusion

Le livre et la critique :


? in L'Oeil de Paris n°113 du 3 janvier 1931, p. 8 :

Tandis que sort une réédition du Traité de la Concupiscence, de Bossuet, Mme Maryse Choisy, de plus en plus intrépide, publie l'Amour dans les Prisons. Voilà de quoi nous esbaudir.
… Mais les lecteurs du grand évêque seront déçus. Son traité est fort austère et ne correspond en rien à ce titre alléchant, que lui imposa un éditeur avisé de l'an de grâce 1731. Ce qui prouve qu'au XVIIIe siècle, on s'y entendait déjà très bien pour exciter les chalands.
Quant aux amateurs de Mme Choisy, ils en auront pour leur argent. La dame est sans peur et son enquête n'est pas à l'usage du Dauphin.

Claude-Fayard in La Semaine à Paris, 16 janvier 1931, p. 76-77 :

Maryse Choisy, une femme étonnante et très calée. Qui mieux qu'elle pourrait parler de la métaphysique hindoue – pour ne citer qu'une face de sa science. Comment du vrai savoir en est-elle arrivée à ce gay savoir qui est le titre d'une collection des Éditions Montaigne ? Collection qui comprend Les Aphrodisiaques, de Willy, et qui a publié, de Maryse Choisy, son fameux Un mois chez les Filles et est actuel L'AMOUR DANS LES PRISONS. Le savoir, la vraie culture de Maryse Choisy, tout cela bagage encombrant, inutile. Seule, isolée, il lui fallait percer, monter. Et surtout vivre. On lui a demandé çà ; elle a fait ça. Çà, c'est ce Mois chez les Filles, c'est ce Mois chez les Moines du Mont-Athos et c'est aujourd'hui L'Amour dans les Prisons. Gros scandale, mais gros succès. Gros coup de caisse, qui doit l'empêcher de s'entendre elle-même. Maryse Choisy est désormais classée dans les auteurs pornographes – ou tout au moins scabreux. C'est dommage car la clientèle qui achète ses livres pour les mots crus, pour les détails curieux, n'apprécie guère ce style sûr, direct et vraiment original. Pour ma part, je suis navrée de lui voir galvauder un talent certain au service de sujet scabreux – qu'elle s'oblige à traiter scabreusement.
Maryse Choisy, auteur pornographe ? Allons donc ! Elle garde, malgré son cynisme affecté, une hauteur de ton, un style précis et surtout une touchante naïveté. Le mot cru, parce qu'il est trop cru, sent la néophyte. Parlant avec elle, il n'est besoin que de quelques minutes pour dépister en elle la femme honnête qui cherche à s'encanailler. Henri Béraud a parlé du Flâneur salarié. Admettons que cette courageuse femme ne soit qu'une pornographe salariée et faisons-lui confiance pour d'autres œuvres. Maryse Choisy, je n'aime pas vos livres qui sont bêtement et inutilement sales. Je ne crois d'ailleurs pas à votre cynisme et j'attends l'éditeur qui vous laissera faire votre livre.

Paul Martignon in L'Archer n°2, février 1931, p.286 :

Mme Maryse Choisy a acquis une célébrité de reporter par ses deux livres « Un mois chez les Filles, Un Mois chez les Hommes ». Aujourd'hui elle nous livre une étude sur L'Amour dans les Prisons (Éditions Montaigne, 13, quai de Conti). Hâtons-nous de dire que ce n'est pas pour jeunes filles et que ces pages relèveraient plutôt du domaine cher à notre sympathique Directeur et ami Paul Voivenel.
Il y a dans ces pages un peu fortes et audacieuses surtout une grande détresse et une grande pitié. Mme Maryse Choisy s'est penchée sur des douleurs et des désirs inassouvis ou presque.
Pour perfectionner les êtres, pour se perfectionner soi-même, il faut aimer les êtres malgré eux. L'amour a ceci de sublime, ajoute-t-elle, qu'il aimante tous ceux qui s'approchent de son foyer central. Aucune prière, aucun cri d'amour, ne sont perdus dans l'espace.

Germain de Perdiguier in La France Judiciaire n°16, 15 mars 1931, p.V :

Mme Maryse Choisy a élargi son sujet en étudiant l'amour dans les prisons aussi bien chez les hommes que chez les femmes ; son livre est d'une cruauté, d'un cynisme effarants ; certaines lignes feignent d'être caviardées et l'on regrette parfois qu'il n'en soit pas ainsi pour la presque totalité du volume.

Ernest Reynaud in Mercure de France n°799, 1er octobre 1931, pp.167-169 :

De ces trois livres, qui ont pour objet de nous initier aux pratiques et aux secrets de la vie pénitentiaire, je ne citerai que pour mémoire celui de Mme Maryse Choisy : l'Amour dans les prisons, parce qu'elle m'y semble faire la part trop belle à la fantaisie et à l'imagination. Elle entreprend de nous conter comment l'Amour se pratique à Fresne, à la Santé, à la Petite-Roquette, à l’École de préservation de Montpellier, à la maison d'arrêt de Saint-Lazare, à celle de Versailles, et nous en déroule les jeux avec une malice amusée qui lui fait lâcher la proie pour l'ombre. Tout n'est pas roucoulements dans l'existence des détenus. D'ailleurs, bien que Me Valensi, son préfacier, nous affirme que Mme Maryse Choisy a réellement visité ces geôles, où elle aurait « apporté aux condamnés, soudainement éblouis, une vivifiante clarté », j'imagine qu'elle a surtout utilisé des confidences de détenus. Comment lui eût-il été permis de s'introduire, notamment, dans les prisons d'hommes plus avant qu'au parloir ? Elle nous parle avec autant d'assurance de ce qui se passe au bagne, où il est bien évident qu'elle n'est jamais allée. C'est donc abusivement que l'on pourrait qualifier son livre de « reportage », et ce qui suffirait à me faire douter de la sûreté de sa documentation, c'est qu'elle soutient qu'à deux exceptions près (Saint-Lazare et la Petite-Roquette d'ailleurs vouées à une démolition prochaine) « le système pénitentiaire français est l'un des meilleurs du monde ».
[...]
Sans doute, tous les directeurs de prisons ne sont pas des ogres, mais il en est qui lâchent trop la bride à leurs subordonnés, et M. Boucard nous en cite un, à Saint-Lazare, qui poussait l'oubli de toute dignité jusqu'à prélever le droit de jambage sur ses justiciables et organiser, avec elles, des Saturnales dans son cabinet.
Voilà un détail que Mme Maryse Choisy, obsédée d'érotologie, ne se consolera pas d'avoir ignoré, de même que cet autre qui, si réprouvé qu'il puisse être par les moralistes austères, apporte dans le livre si noir et si oppressant de M. Robert Boucard un peu d'air respirable, et qui en est le seul rayon de soleil, encore que la scène se passe dans un décor drapé de nuit, mais d'une nuit digne d'être célébrée en vers païens.


1930 : Delteil tout nu



Publié en 1930 aux Éditions Montaigne.
238 pages.

En exergue, sur la page de titre, une citation de Joseph Delteil : « Il va sans dire qu'à mes yeux, écrire la vie d'un homme, ce n'est pas narrer ses faits et gestes, mais inventer son âme. Ce que j'aime dans un grand homme, c'est moi. Mon héros est mon moi idéal. »

L'ouvrage est dédié « A Gérard GIRARD / M. C. »


Table des matières :

CHAPITRE PREMIER : Naissance
CHAPITRE II : Petit portrait à la plume
CHAPITRE III : Parenthèse sur le problème de la création mentale
CHAPITRE IV : Le subconscient de Delteil
CHAPITRE V : Delteil homme du moyen âge
CHAPITRE VI : Premiers vers et le rythme delteillien
CHAPITRE VII : Sur le fleuve Amour et la marque de fabrique
CHAPITRE VIII : Cholera et le subconscient
CHAPITRE IX : Les cinq sens et l'art
CHAPITRE X : Jeanne d'Arc et l'amour
CHAPITRE XI : Les Poilus et la pensée delteillienne
CHAPITRE XII : La Fayette et l'action
CHAPITRE XIII : Napoléon ou la leçon du surhomme inadapté
CHAPITRE XIV : Saint Don Juan et l'apport de l’œuvre delteillienne
CHAPITRE XV : Delteil essentiellement a-social
CHAPITRE XVI : Delteil et moi



Le livre et la critique :


Les Treize, in L'Intransigeant du 28 mars 1930, p. 2  :

Mme Maryse Choisy est intrépide et guerrière. Elle entreprend de nous dévoiler Joseph Delteil intime, et au lieu de brosser quelques petits portraits bien sages et bien « ressemblants », elle bâtit à coups de hache et d'épée des statues, plus grandes que nature, dont aucune n'est achevée.
Si bien que, pour avoir un Delteil au complet, il faut réunir tous ces morceaux de Delteil. Le jeu est amusant. Mme Maryse Choisy y puise une sorte d'ivresse communicative.
En petites phrases dures, heurtées, gonflées, craquantes, elle décrit Delteil, le Delteil enfant, le Delteil jeune homme, Delteil à travers chacun de ses livres, Delteil devant la femme, devant les femmes, Delteil en liberté..., tous les Delteil.

Delteil, écrit-elle, est Méditerranéen, c'est-à-dire Américain et Oriental, forêt et désert, fini et infini. C'est l'Un complet. L'Un des Eléates est un produit méditerranéen.

Cette succession de « Delteils » qui chevauchent ces pages sur un rythme accéléré finit par brouiller un peu le véritable visage de Joseph Delteil.
Mais sans doute le Delteil de Mme Maryse Choisy est-il plus vrai... que nature.


P. L., in Comoedia du 4 mai 1930, p. 3 :

Mme Maryse Choisy aime à dérouter ses lecteurs. Après Un mois chez les filles, qui ne laissa pas de susciter quelque scandale, voici un livre dont le titre fait de l’œil aux passantes : Delteil tout nu. On se précipite, on ouvre, on lit... et la nudité qu'on découvre est une nudité spirituelle, morale, voire métaphysique. Car Delteil tout nu est un livre dru, fort, calé, où le mécanisme de la création littéraire, le jeu de l'inspiration, la philosophie se mêlent sans se confondre et se complètent au cours de chapitres ordonnés et construits. Il est arrivé à cet ouvrage une aventure assez exceptionnel : quinze jours après sa parution, il fut épuisé. Seul, le sujet ne l'est pas, car Delteil est inépuisable. Mais Maryse Choisy n'en a pas moins eu raison d'écrire ce livre. Et elle a réussi à jeter un rayon de projecteur sensible et net sur certaines régions delteiliennes peu explorées. « Le héros d'un livre, écrit Maryse Choisy, est ce que l'auteur eût voulu être. Si j'ai entrepris d'écrire une vie de Delteil, c'est parce que j'aurais voulu être Delteil ». Et elle va plus loin. Elle s'imagine parfois qu'elle est Delteil. Imagination créatrice. Besoin créant l'organe. Certains passages de ce livre ont l'apparence, le style, la couleur, le rythme, la fantaisie, la violence, la patte de Delteil. Pastiche ? Non. Parenté. Saturation. Absorption. Peut-être Maryse Choisy abuse-t-elle de certains mots. La « totalisation », la « femme néronienne », le « solarien », le « surréaliste » et le « suridéaliste » se rencontrent à chaque pas. Mais l'idée-force du livre est que la Vie est plus que l'Art. Vivre est la chose qui importe. L'Art n'est rien sans la vie. Mais pourquoi affirmer cela comme une découverte ? N'est-ce pas évident ? Seuls peuvent en douter ceux qui font de la littérature comme on fait du diabète ! Mais les vrais écrivains sont d'abord des vivants.


René Lalou, in La Quinzaine critique des livres et des revues, 10 juin 1930, p. 230 :

J'avoue que je le préférerais habillé, fort adroitement, par lui-même qui sait les endroits où son académie n'est pas impeccable. Grâce aux bons soins de Maryse Choisy, le voici « à poil comme Eve avant le pêché ». Nous apprenons donc que Delteil est « doux comme un Jésus raphaëlesque en sucre » [mélodie de Massenet, Jules], ensuite qu'il « écrit avec ses pieds », enfin qu'il « est entré dans l'éternité ». C'est aussi un « matador » qui explore courageusement le problème des origines entre le genou et la cuisse d'une dame du VIIIe. En l'honneur de ce « suridéaliste » Maryse Choisy se déshabille à son tour, nous dit pourquoi elle aime et déteste ce « bouffeur de moi », nous expose longuement comment Delteil incarne « la vie à l'état pur ». Ainsi, à force d'ennuyeux dogmatisme, Delteil tout nu devient un livre chaste.

1930 : Le Vache à l'âme, roman



Publié en 1930 aux Éditions du Tambourin.
216 pages.

En exergue : « Je dédie ce livre à tous ceux qui auront trente ans en 1930. Je dédie ce livre à mes frères et sœurs en génération. A bas les grincheux ! Moi, j'aime ma génération. D'abord parce que c'est la mienne, ensuite parce que c'est la génération de la ligne droite. Ceci est ma contribution au centenaire du romantisme. / M. C. »


Table des matières :

CHAPITRE PREMIER : Feu !
CHAPITRE II : Neuf portraits en quête d'une héroïne
CHAPITRE III : Instantané du héros
CHAPITRE IV : L'arc bandé
CHAPITRE V : Amour d'avant-garde
CHAPITRE VI : Triangle scalène
CHAPITRE VII : Neuf portraits en quête d'amour
CHAPITRE VIII : Larves et larmes sur une robe nouvelle
CHAPITRE IX : Un fantôme romantique
CHAPITRE X : Triangle isocèle
CHAPITRE XI : Triangle équilatéral
CHAPITRE XII : 1830 et 1930
CHAPITRE XIII : Modus vivendi
CHAPITRE XVI : Une porte ouverte
CHAPITRE XVII : Affaire classée
CHAPITRE XVIII : Le talent de Sherlock Holmes


Le livre et la critique :


? in La Correspondance d'Orient, avril 1930, p.171 :

Des poèmes très brûlants d'aujourd'hui. Une conception neuve de l'amour. Une intrigue dans un style direct, cinématographique, géométrique, vivant et violemment coloré, le style à cheveux courts, qui a définitivement classé Maryse Choisy parmi les premiers écrivains de la jeune génération, celle du Vache à l’Âme. Le Vache à l’Âme est le livre du siècle.

Paul Chauveau, in Les Nouvelles Littéraires, 12 avril 1930, p.3 :

En tout cas, on ne peut refuser à Mme Maryse Choisy les apparences forcenées d'une riche nature. Ses curiosités audacieuses, l'emploi publicitaire et, dit-elle, moral, qu'elle en fait lui ont valu l'attention légèrement interrogative — que voulez-vous, les hommes seront toujours les mêmes — de ses lecteurs mâles et l'intérêt un peu pincé, mais non moins affirmé de la plupart de ses lectrices. Avec « Un mois chez les Filles » et « Un mois chez les Hommes », Mme Maryse Choisy paraît bien avoir atteint son but.
Après avoir ainsi édifié les populations sur son courage, voici que Mme Maryse Choisy s'attaque à une intrigue supra-moderne, paraît-il. Avez-vous remarqué qu'en pareil cas, moderne veut souvent dire, qui ne craint rien dans le domaine des mœurs ? Et l'excellente personne résume le tout en affirmant que le vague à l'âme des temps romantiques doit aujourd'hui s'appeler le vache à l'âme. Le vache à l'âme, c'est un titre qui force l'attention comme tout ce qui choque le goût.
En somme, Mme Maryse Choisy a fait un livre d'une ardeur soigneusement entraînée, abondant, confus, fatigant, concerté sous les apparences exaltées d'une perpétuelle inspiration. En transe sur le trépied, s'accompagnant d'une musique de Delteil, vaticinant sur la violence comparée de la passion en 1830 et en 1930, elle est amusante, mais pour des raisons qui sont pas celles qu'on escompte. Et puis, son livre présente un autre intérêt : il peut servir à étudier, comme au microscope, tous les défauts, les excès, les manies, les outrances de M. Delteil.


John Charpentier, in La Quinzaine littéraire des livres et des revues, 25 avril 1930, p. 86 :


Mme Maryse Choisy a voulu rajeunir, ici, j'imagine, le drame George-Sand-Musset, pour montrer qu'en fait de romantisme, plus ça change, plus c'est la même chose... Il y a, en effet, dans son roman un homme et une femme de lettres qui badinent (est-ce badiner qu'il faut dire ?) avec l'amour, et un Italien, qui n'est pas docteur, mais qui joue le rôle de Pagello. Au vague à l'âme, on a substitué le vâche à l'âme, il est vrai. Mais on a beau être cynique, se tolérer toutes les infidélités et se soumettre – je dirai, par euphémisme, à toutes les épreuves – la jalousie ne perd pas ses droits. Le sang coule dans le roman de Mme Maryse Choisy, qui débute comme un feuilleton, mais comme un feuilleton loufoque, et qui parodie ou pastiche à s'y méprendre le style de M. Joseph Delteil. Mme Maryse Choisy veut faire scandale. Y réussira-t-elle ? Oui, si son livre tombe entre des mains naïves. Autrement, elle incitera à sourire les plus indulgents qui regretteront qu'elle se donne tant de mal, avec du talent, sans doute, pour passer à côté de l'originalité véritable.


John Charpentier in Mercure de France n°765, 1er mai 1930, p.659 :

Qu'on veuille rivaliser d'extravagance ou d'audace avec M. Delteil, cela semble une gageure. Tel est, cependant, le propos de Mme Maryse Choisy qui, dans Le vache à l'âme, refait à sa manière Elle et Lui pour confronter les deux romantismes, celui de 1830 et celui de 1930. Il y a un couple d'écrivains dans Le vache à l'âme comme dans Elle et Lui, et aussi un Italien qui joue le rôle de Pagello... Mais il s'en faut que Mme Maryse Choisy écrive comme George Sand (et je ne dis pas cela pour humilier George Sand...) Je le répète : Mme Maryse Choisy pastiche Delteil. Elle a l'air de le parodier. M. Delteil disait de je ne sais plus quelle artiste : elle peint avec ses seins. De son héroïne, Mme Maryse Choisy dit : elle écrit avec son sexe. Voilà le ton. Sans doute, Mme Maryse Choisy se propose-t-elle d'épater le philistin. Qu'elle y réussisse ou non, ce n'est pas notre affaire.

1929 : Un mois chez les hommes, reportage




Publié en 1929 aux Éditions de France.
254 pages.

En exergue, sur la page de titre, une citation de Théodore de Khora : « Le moine doit être comme le sel : le sel qui est sorti de l'eau s'évanouit au contact dissolvant de l'eau ; le moine qui est sorti de la femme se perd au contact de la femme. »

Au début de l'ouvrage, deux photographies de Maryse Choisy déguisée en homme et plusieurs documents reproduits : deux sceaux, une lettre de Maryse Choisy à Joseph Delteil, avec l'enveloppe.

L'ouvrage est dédié « aux deux responsables de mon expédition. / 1° Au compagnon de route qui m'a aidée à exécuter ce projet. / En toute amitié. / 2° Au journal HESTIA qui l'a inspiré, [...] / En toute inimité, / M. C. »

Réédition de 1931



Table des matières :

AVANT-PROPOS
CHAPITRE PREMIER : Comment j'ai pénétré au Mont Athos
CHAPITRE II : Ma première nuit parmi les hommes
CHAPITRE III : Demi-viol socratique entre vie et mort
CHAPITRE IV : Un peu d'histoire...s
CHAPITRE V : Vive la paresse
CHAPITRE VI : Et l'intelligence ?
CHAPITRE VII : Retour à la femme
CHAPITRE VIII : Quelques autres couvents
CHAPITRE IX : Couvents de femmes
CHAPITRE X : Flirt avec l'acropole
APPENDICE

Le livre et la critique :


Micheline Deroyer in Le Mercure africain n°261, 25 août 1929, pp.2059-2060 :

Maryse Choisy était déjà l'auteur d'un reportage qui s'intitulait : « Un mois chez les Filles ». Le titre était affriolant. « Un mois chez les Hommes » est un titre au moins aussi aguicheur. Par dessus le marché, l'écrivain, pour se documenter, n'a point hésité, sous un déguisement extraordinaire, à pénétrer dans les monastères du Mont-Athos, où jusqu'à présent aucune femme n'avait pu entrer. Cousue dans un matelas, un confrère soigneux l'a accompagnée et fait débarquer parmi « les hommes ».
La relation de son aventure est savoureuse et drôle. Son style substantiel, prompt, étonnant est rempli d'images, de tournures, qui rappellent Joseph Delteil.
Maryse Choisy ne ressemble à aucune autre femme. Elle a un cran, une audace, un goût de l'extraordinaire, un appétit de perversité qui se traduisent aussi bien dans sa vie que dans ses livres.
Certes, elle a de la personnalité. Et elle est sympathique, parce qu'elle est vaillante.

? in L'Algérie Nouvelle, décembre 1929, p.4 :

Après avoir passé un mois chez les femmes, dans les agences louches, les cabarets équivoques, sur tes trottoirs ou dans les lupanars, Mme Maryse Choisy a vécu un mois chez les moines des couvents du Mont Athos. Ce que l'on retient le mieux de l'ouvrage c'est que Mme Maryse Choisy s'est déguisée en homme, qu'elle s'est fait couper les seins et que pour compléter son déguisement elle a trouvé à Stamboul un caoutchouc, - un appareil perfectionné, avec un petit robinet., mignonnet, le tout recouvert d'une gaze couleur chair cuite. Grâce au caoutchouc de Stamboul Mme Choisy changea, sans donner l'alarme, de sexe. On apprend encore dans ce livre que Mme Maryse Choisy a un amant et que M. Delteil est son ami.
Au fond tout cela ne nous intéresse guère. Quant aux moines et aux saints du Mont Athos ce qu'en rapporte Mme Choisy nous intéresse encore moins.

1928 : Un mois chez les filles, reportage



Publié en 1928 aux éditions Montaigne, « Collection du Gai Savoir ».
254 pages.

Dédié « A YOUKI FOUJIKA / la plus belle femme de France et de Navarre. / En humilité évangélique, / M. C. »

Quatrième de couverture

Table des matières :

ENTRÉE EN MATIÈRE
I. Les postulantes
II. La Chambre Syndicale
III. Le Salon d'attente d'une agence de placement
IV. Au promenoir
V. Femme de chambre dans une maison de société
          a) Manon ou la femme du monde
          b) Julie ou la fausse mineure
          c) Mimi ou la négresse
          d) Carmen ou l'indépendante
          e) Le Monsieur-mystère et le Monsieur-chronomètre
          f) Le Monsieur qui joue à la mariée
          g) La Partouze
          h) La Chambre de tortures
VI. Sous-maîtresse chez Ginette
VII. Comment on devient courtisane
VIII. Jeune homme de la Maison au Cosy-Bar
IX. Jeune fille de la Maison au Fétiche
X. Une maison de province
XI. Dans la cour du Sébasto
XII. Le Milieu
XIII. Pierreuses et clochards
          a) Sous les ponts de Paris
          b) Rue Lagrange
          c) La Grappe d'Or
XIV. Les Agences d'amour
XV. La Tournée des Grands-Ducs
          a) Le Chabanais
          b) Chez Roland
          c) Temple de Lesbos
          d) Maison d'hommes pour femmes
          e) Chez Eugène
XVI. Les Femmes du monde
XVII. Deux théories : Dignité et Hygiène
XVIII. Interview du directeur d'une des principales maisons de Paris
XIX. Pourquoi je ne serai jamais courtisane



Réédition de 2015



Le livre et la critique :


C. in La Semaine à Paris n°318, 29 juin 1928, p.70 :

J'ai été jadis directeur littéraire d'une maison d'éditions, et en cette qualité, j'ai lu bien des manuscrits ; j'ai donc eu tout loisir de constater – ce qu'ont constaté également tous mes confrères ayant occupé une situation analogue – que lorsqu'un livre est exagérément pornographique, lorsqu'il est écrit dans une langue par trop verte, il a toujours pour auteur une femme. Presque tous les manuscrits, qui pour braver l'honnêteté ne prennent pas la précaution d'être écrits en latin, sont le fait d'une de nos aimables compagnes qui d'ailleurs sera très souvent dans le privé la plus honnête femme du monde. Nos consœurs tiennent sans doute à marquer ainsi que ce n'est point d'une nuance ciel que sont leurs bas bleus. Et c'est pourquoi Mme Maryse Choisy, à laquelle nous devons d'intéressants ouvrages dont j'ai fait ici même l'éloge n'a pas hésité à faire une enquête sur la prostitution et à en publier les résultats aux éditions Montaigne sous le titre Un mois chez les filles. Je suis persuadé que de mauvais plaisants ont induit en erreur l'aimable Mme Choisy. Exemple : il y a, sous le bien vilain mot « partouze », le récit d'une aventure où il est bien certain que la « reporteresse » a été leur victime. Si on lui a raconté cela, on l'a trompée. Si elle en a été le témoin, cela prouve simplement qu'on a truqué la scène, ce qui était une pire tromperie encore. Il vaut d'ailleurs mieux, il est moins pénible que de telles aventures soient imaginées et non réelles. Mais il fallait mettre nos lecteurs en garde. Mme Maryse Choisy me permettra bien de lui dire que son livre n'est à lire ni pour les jeunes filles, ni pour leurs mamans, ni même pour leurs papas.

? in Les Potins de Paris n°2207, 22 juillet 1928, p. 12 :

Un mois chez les filles... pas seulement chez les filles. Mme Maryse Choisy nous promène aussi chez les messieurs pour dames, les messieurs pour messieurs, etc., du Sébasto au Chabanais, de la place d'Italie aux ruelles du Havre.
On sait que, si elles s'y mettent, les femmes – nous ne parlons que des femmes écrivains – sont plus terribles que les hommes. Le terrible est ici qu'on voit beaucoup Mme Maryse Choisy au premier plan. Son talent rappelle bien peu celui de cet excellent reporter masculin dont nous parlions dernièrement et qui semble nous laisser en présence des choses en s'effaçant lui-même devant elles.
Mais c'est aussi que Mme Maryse Choisy veut avoir de l'esprit. C'est parfois bien pénible.
Ce qu'on voulait surtout, c'était paraître « à la page » et ne pas traîner des reliquescences tolstoïennes ou dostoïevskistes.
Nous pouvons assurer notre consœur que ses peintures de style facile encore que recherché – il n'y a pas incompatibilité – seront oubliées depuis longtemps qu'on se souviendra encore des émouvantes prostituées des romans russes.
Peut-être à cause d'un certain don de pitoyabilité qui manque, ou semble manquer à Mme Maryse Choisy.

Micheline Deroyer in Le Mercure africain n°237, 25 août 1928, p.1251 :

Si par aventure, ami lecteur, tu aperçois ce livre à l'étalage d'un libraire, garde-toi bien de te laisser séduire par le titre juste bon à attirer les gogos, comme ces mots « Visible pour les adultes seulement » qu'on peut lire sur certains musées forains. Tu n'en aurais pas pour ton argent. Et je m'étonne qu'il ait fallu un mois pour rassembler d'aussi piètres documents. Je ne parle pas du style qui n'est qu'incorrect. Du reste, l'auteur prend le soin de nous dire: « Rien ne me dégoûte davantage que les petites saletés exprimées en un style d'Anatole France. » On doit reconnaître que la langue de Maryse Choisy ne rappelle en rien celle d'un de nos plus grands écrivains. Tout est erroné, et la grossièreté des termes qui n'est pas « couleur locale » ne suffit pas à en masquer la pitoyable et insupportable banalité. Qu'il s'agisse du quai de l'Horloge à Paris, ou bien des scènes qui se déroulent dans les maisons de rendez-vous ou dans les temples voués à Corydon ou bien à Sapho, il y a vraiment trop d'inexactitudes.
Quelques perles : que pensez-vous de l'« odeur du permanganate ». Jusqu'à présent, les chimistes aussi bien que les gens vulgaires étaient d'accord pour n'en trouver aucune à ce sel. Ce produit est d'ailleurs le seul antiseptique que connaisse Maryse Choisy.
Avez-vous comme l'auteur, rencontré une femme dont le regard est plein d'hydrogène ?... (C'est certainement une femme légère).
Que pensez-vous d'un faux-col qui a une « amnésie de blancheur ? ».
Ce que Maryse Choisy décrit avec le plus de complaisance et nous lui en savons beaucoup de gré, ce sont ses charmes. On pourrait les énumérer comme le ferait une personne en quête d'une âme sœur. (Tous les termes sont de l'auteur).
— Jeune femme de vingt huit ans, en paraissant vingt deux, bonne danseuse, très beaux yeux, seins fermes, haleine fraîche, parfum santal. — Chacun sait d'ailleurs qu'en thérapeutique le santal est le complément du permanganate si cher à l'auteur.
Nul ne sera étonné qu'ainsi faite l'auteur remporte partout des succès, chez Rosine, au Fétiche, au Promenoir de l'Olympia et que chacun l'invite à tirer parti de ses moyens, lui disant très clairement que tel un ténor fameux elle a des millions... dans le gosier.
Si cela est, qu'elle abandonne les lettres et suive l'exemple du personnage de Boileau qui « de mauvais médecin devint bon architecte ». 

Saint-Alban in Mercure de France n°737, 1er mars 1929, p. 435-438 :

Mme Maryse Choisy a tous les courages. Celui notamment d'écrire un livre intitulé Un mois chez les filles, et celui préalable de s'être documentée pour ce reportage très spécial de la façon la plus consciencieuse, jusqu'à se faire engager comme femme de chambre pour un mois dans une maison close ; et les gens insatiables de conscience regretteront peut-être qu'elle ne se soit pas engagée comme femme de lit, car, enfin, du coup sa documentation serait devenue de première main, si j'ose m'exprimer ainsi, alors qu'elle ne l'est que de seconde. M. Jacques Valdour qui, pour étudier les ouvriers, se fait chaque année ouvrier lui-même, tantôt forgeron, tantôt moissonneur, tantôt tisserand, donne ici un exemple loyal qui fera peut-être rougir de dépit et de regret notre aimable consœur.
Donc, Mme Maryse Choisy a exploré tout ce monde à part, dont elle nous revient avec des images plein les yeux, des métaphores plein l'encrier et, espérons-le, des sourires plein l'âme. En a-t-elle vu, des maisons spécialisées pour ceci et pour cela et pour autre chose encore ! Hélas, il n'y a pas lieu d'en être fier. On a bien la ressource de se dire que toutes les capitales en sont là, et que ce sont d'ailleurs des étrangers qui font la clientèle de ces endroits et souvent des étrangères qui y servent cette clientèle (la négresse !), ce n'en est pas moins gênant de savoir, des « podes » aux antipodes, quand quelqu'un vous dit avec des yeux de poisson frit : « Ah ! Paris ! » ce n'est pas précisément à la Sorbonne, au Louvre ou au Muséum qu'il pense. Mais ne soyons pas trop moraliste, ce serait ici contre nature (il est vrai que l'antiphysisme règne en ces beaux lieux !).
Notre autrice a d'ailleurs des opinions très vertueuses : « Quand on aura, dit-elle, supprimé tous les bordels [elle écrit en toutes lettres le mot qui est d'ailleurs très français et très euphonique] ce qui, j'espère bien, ne tardera pas... » et là voilà du coup enrégimentée dans le bataillon des abolitionnistes, et digne des éloges de toutes ces dames au sourcil froncé ! Plus loin, elle s'écrie en s'adressant aux goules qui engoulent et dégoulent (ici tout un petit poème en prose à assonances et allitérations, qui aurait ravi un symboliste de 1890) : « En vérité, une foule qui permet l'existence des goules est plus à blâmer que toi qui accomplis goulûment ton destin de goule... » d'où l'on peut conclure que notre consœur est si scandalisée par l'idée d'une personne en cette situation que, si elle assistait à la scène, elle s'élancerait à la tête d'une foule moralisatrice pour lui faire passer le goût du pain, je dis bien du pain ; mais que de dureté ! Quelque à cheval sur les convenances que vous soyez, lecteur, vous voyez-vous égorgeant ces pauvres créatures pour les punir de s'être inclinées un peu trop bas ?
Mme Maryse Choisy semble également excessive quand elle proclame : « L'amour est le plus ennuyeux des passe-temps quand on n'aime pas. » Hélas ! on aime si peu ! et La Rochefoucauld a eu tellement raison de dire : « Que de gens ignoreraient l'amour s'ils n'en avaient pas entendu parler ! » Donc, je lui proposerai timidement de rectifier sa phrase en ajoutant à la fin un simple monosyllabe. « L'amour est le plus ennuyeux des passe-temps quand on n'aime pas ça. » Et avec ce « ça », que de perspectives qui s'éclairent ! C'est tout le palais enchanté de la volupté pure, sœur de la poésie pure, qui s'ouvre. Et du coup les deux domaines coexistent légitimement : la volupté, accessible même à ceux qui n'aiment pas et qui l'aiment, elle ; et l'amour, qui peut très bien se passer de possession, je vous prends à témoins, ô purs servants de l'amour platonique, le seul peut-être digne de ce beau nom amour !
Encore autre chose dont il faut être reconnaissant à notre reportrice, la façon très nette dont elle affirme qu'elle n'a jamais rencontré une véritable femme du monde dans les maisons qu'elle a explorées, ni les officielles, ni les clandestines. Les premières ont toujours dans leur personnel une « dame du monde » comme elles ont une négresse, et les secondes sont censées n'avoir que des dames du monde, qu'on s'attend à rencontrer dans les salons les plus aristocratiques après les avoir vues, et comment ! dans des boudoirs à huis entrebâillés. Or, il n'en est rien. Les honnêtes femmes restent chez elles, et les autres vont courir le guilledou. Cette division du travail me semble très louable pour les deux catégories, et il n'y a rien de plus impatientant que le jobard qui s'imagine, parce qu'il a graissé fortement la patte à une entremetteuse, avoir réellement possédé telle marquise, ou simplement telle vedette de théâtre ; on lui a fourni des ersatz, voilà tout ; chaque femme connue de Paris a ainsi, paraît-il, sa sosie, dressée à jouer son rôle.
Donc, ce livre au titre claquant, si j'ose dire, ne me semble pas aussi abominable qu'on l'a prétendu ; il n'est pas à laisser traîner entre toutes les mains, assurément, mais une fois qu'on s'est remis en selle (car, au début, on a pu être désarçonné par la verdeur des termes), on chevauche assez confortablement, je ne dis pas l'autrice, mais avec l'autrice. Mme Maryse Choisy écrit de façon très savoureuse ; elle sait se servir de sa langue, et ne recule devant aucune hardiesse ; elle a également une érudition variée, et un grand désir de s'instruire ; serait-elle de la famille de l'abbé de Choisy, comme on le dit ? C'est possible. Et étant donné les mœurs spéciales de ce docte, dévot et bizarre abbé, on comprendrait qu'elle eût des mœurs correspondantes, ce qu'une des histoires de son chapitre XV permet de supposer ; il serait pouacre de l'en blâmer, tous les goûts sont dans la nature, dirait-elle, même ceux qui vont contre, et je la soupçonne fort de n'avoir rien voulu ignorer de ce qui peut être connu ; mais quoi ! ce n'est là qu'une forme de l'esprit scientifique, et c'est à ce désir d'inconnu que nous devons la découverte du pôle nord. Notre aimable consœur préférerait sans doute les régions équatoriales, mais qui pourrait lui en faire grief ? Les zones chaudes sont plus agréables à découvrir tout d'abord et à revisiter ensuite. Peut-être un jour, après ce premier périple où elle n'a fait que longer les côtes, nous donnera-t-elle un second récit d'impressions de voyage qui l'aura fait pénétrer plus avant dans les intérieurs, et alors, pleins d'us et de raison comme le sage Ulysse, nous la lirons un soir près de la cheminée, sous le manteau d'icelle.
Un dernier mot. Ce que Mme Choisy reproche avec véhémence au régime des maisons closes, c'est l'esclavage, le fait que l'incluse ne peut refuser aucun entrant, fût-il « tout tordu, tout bossu, tout ventru, tout mal foutu », comme dit la chanson, et elle a bien raison ! Mais sa sévérité persisterait-elle si la femme avait le choix ? Peut-être appartient-il à notre hardie pionnière de nous donner ce qui nous manque encore, le voluptuarium idéal où le choix s'allierait au plaisir, et où Cavour pourrait proclamer : la femme libre dans la maison libre ! Oui, mais la nature humaine est si complexe ! Peut-être certaines protesteront, car il y a des âmes assoiffées de servitude et d'humiliation, voyez les mystiques ! Les religions antiques avaient trouvé la solution : la prostitution sacrée des filles de Babylone. Pourquoi Mme Maryse Choisy ne nous rendrait-elle pas les collèges d'hiérodontes dont s'ornait la ville de Nabuchodonosor, et où le sacrifice à la déesse ennoblissait le sacrifice aux passants, même tout bossus, tout tordus, tout ventrus et tout mal foutus ?